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500 entreprises « B Corp » en France d’ici 3 ans

Elles s’appellent Patagonia, Natura, Etsy ou encore Kickstarter : des entreprises au rayonnement international qui bénéficient du label B Corp, créé par l’ONG B Lab pour valoriser des entreprises qui voient plus loin que le seul profit financier. Rencontre avec Benjamin Enault, directeur général d’Utopies et à l’initiative du lancement du label B Corp en France.

Benjamin, le label B Corp bénéficie d’une réputation mondiale. Qu’est-ce qui vous a décidé à le lancer en France maintenant ?

rsz_benjamin_enaultBenjamin Enault. C’est vrai, B Corp est né aux Etats-Unis, et la démarche est vite devenue internationale. Le label fédère plus de 1 450 entreprises certifiées dans 42 pays, avec une devise unique : « for profit, for purpose ». L’objectif du label est de montrer que les entreprises (for profit) peuvent être mises au service de l’intérêt général (for purpose) et de mobiliser le pouvoir de l’entrepreneuriat au service du bien commun (le B de B Corp signifie « Benefit »).

Pour pouvoir obtenir le label, les entreprises doivent satisfaire 200 critères de performances sociale, environnementale et sociétale mais aussi prendre des engagements en termes de transparence. Partout dans le monde, la communauté est gérée et auditée par une ONG, B Lab. Le questionnaire en ligne est gratuit et ouvert à tous. Nous conseillons d’ailleurs aux entreprises de toutes  les tailles et de tous les secteurs de le réaliser ne serait-ce que pour se situer, même si elles ne souhaitent pas intégrer le mouvement dans l’immédiat.

L’initiative a été lancée en Europe en avril 2015, y compris en France, donc. Nous annoncerons officiellement les premières entreprises françaises labellisées B Corp le 22 octobre prochain à l’occasion du World Forum For Responsible Economy de Lille.

La loi Hamon de 2014 a permis d’intégrer les SAS à portée sociale comme faisant partie de l’ESS. Cela ne suffisait pas ?

B. E. Les deux démarches sont complémentaires. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, en Amérique Latine et plus près de nous, en Suisse, B Corp n’est pas seulement une certification mais aussi un statut juridique sous le nom de Benefit Corporation. Ce statut est accordé aux entreprises éligibles qui ont modifié leurs statuts afin de s’engager formellement à servir d’autres intérêts que ceux de leurs seuls actionnaires. 30 Etats américains ont aujourd’hui ouvert cette possibilité, dont la Californie, le Vermont, et bien d’autres. Aux Etats-Unis, cette dimension légale a une utilité très concrète : celle d’éviter que des actionnaires futurs ne portent plainte contre les dirigeants en les accusant de faire de la RSE au lieu de maximiser les profits.

On retrouve donc bien une volonté similaire à la démarche des SAS au sein de l’ESS mais ouverte à d’autres types d’approches que l’ESS. La démarche est complémentaire et peut répondre à des besoins d’acteurs de l’ESS mais aussi des entreprises engagées dans le bio, l’économie de fonctionnalité, etc.

Parmi les 25 premières entreprises en France, au moins 5 ont une double approche label ESS et B Corp et de nombreuses entreprises de l’ESS sont en cours de certification.

Quelles sont les premières entreprises françaises à bénéficier du label ?

B. E. Utopies a été la première l’année dernière. 25 entreprises sont aujourd’hui sur le point d’être labellisées. Nous sommes très heureux de la diversité qui y est représentée : start-up, acteurs engagés historiques, entreprises de toute la France et de tous les secteurs.

Parmi les futures BCorp, la plus grosse compte plus de 1 000 collaborateurs et la plus petite en compte deux…

Justement, le PDG d’Unilever a annoncé son intention de transformer son entreprise en B Corp. Ne serait-il pas dangereux que de grandes entreprises cotées rejoignent le mouvement ? Cela ne met-il pas en question la crédibilité des indicateurs retenus ?

B. E. C’est un vrai sujet. Paul Polman a effectivement fait part de son enthousiasme vis-à-vis du mouvement à plusieurs reprises, en expliquant qu’il y trouvait énormément de vertus et qu’il aspirait à faire tendre Unilever vers cet objectif. Très honnêtement, pour bien connaître le niveau d’exigence du label aujourd’hui (qui va aller par ailleurs aller croissant), cela me semble à peu près impossible.

Mais, au-delà de ce point, il faut bien comprendre l’esprit de la démarche. Notre enjeu n’est pas de prêcher les convertis mais bien de changer le système dans son ensemble.

Tout cela est encore très neuf, mais la gouvernance de B Lab évolue pour s’adapter à ces enjeux. Vous savez, tout le monde est très conscient que la force de la démarche réside dans sa crédibilité, sa robustesse et de qui peut ou non faire partie de la communauté.

Et si vous deviez imaginer B Corp en France d’ici trois ans ?

B. E. J’espère que nous aurons dépassé les 500 entreprises et que la communauté sera gérée par une ONG similaire à B Lab en France.

J’espère voir émerger des filières entières de B Corp et que tout un écosystème se sera structuré autour de cette question. Il faudrait par ailleurs que les entreprises certifiées B Corp développent des liens avec l’univers de l’innovation sociale. Je pense notamment à nos similitudes avec une démarche comme 1%ForthePlanet (il existe d’ores et déjà 40 entreprises qui sont à la fois B Corp et “1%”) ou encore aux initiatives tournées vers la société civile ou les étudiants, qui sont au passage beaucoup plus avancées en Amerique Latine avec nos cousins de Sistema B.

L’entreprise ne se réinventera que si elle s’ouvre : le mouvement doit se rapprocher des universités, des espaces de coworking et des dynamiques d’innovation ouverte en général.