Une partie des auteurs du livre

Un livre pour une société collaborative

Société collaborative, la fin des hiérarchies, paraît aux éditions Rue de l’Echiquier ce 21 mai. Dans ce livre écrit à 18 mains (Flore Berlingen, Marc-Arthur Gauthey, Arthur De Grave, Diana Filippova, Asmaa Guedira, Antonin Léonard, Edwin Mootoosamy, Benjamin Tincq et Maëva Tordo), nous proposons notre vision de la société collaborative. Alors, pourquoi un livre ?

Couve-OuiShare 23-4-15Néo-marxistes ou ultra-libéraux, gauchistes ou proto-droitisants, anarchistes ou étatistes, bisounours ou opportunistes : lorsqu’il s’agit de définir l’ancrage intellectuel de OuiShare, nous sommes habitués aux épithètes les plus grotesques. Nous ne sommes rien de tout cela. En revanche, il est vrai que nous nous méfions des postures intellectuelles et tenons la diversité des visions pour vertu. En réponse à une attente de notre communauté – “c’est bien beau tout ça, mais quand est-ce que vous nous expliquez clairement votre projet de société ?” – cet ouvrage tente de mettre au clair la vision qui motive, sinon OuiShare dans son ensemble, au moins une partie de ses membres.

Alors que les débats sur les effets positifs ou pervers de l’économie collaborative sont plus passionnés que jamais, nous avons ressenti le besoin de clarifier notre vision du travail, de l’éducation, des organisations, de l’action sociale et environnementale et de la production.

Ce livre représente un premier effort de conceptualisation – inachevé et imparfait, sans doute – de la société collaborative. Nous le voyons comme une étape importante pour approfondir les réflexions et débats de demain au sein de cette grande agora qu’est OuiShare. Les traités théoriques définitifs ont en effet tendance à confiner le réel dans une pyramide de concepts aussi obscurs que figés. Aujourd’hui, cette tentation de la prophétie transparaît dans le discours porté par la Silicon Valley, qui en séduit plus d’un en France : l’innovation est la réponse à tout, le changement ne serait qu’affaire de disruption et l’intérêt commun, une niaiserie tout juste bonne à occuper l’esprit des nostalgiques du collectivisme. Tout comme les autres idéologies des siècles précédents, la glorification sans nuance de la figure idéalisée de l’entrepreneur se fait parfois passer pour l’unique voie de salut au milieu du marasme : en cela, elle est éminemment exclusive.

Notre vision de la société collaborative est, au contraire, inclusive. Il y a de la place pour tous, entrepreneur et activiste, freelance et employé, startup et association, jeunes et vieux, disruptif et disrupté.  Mais si l’économie collaborative a permis d’enclencher la transition vers de nouveaux modèles sociaux, elle ne nous dit rien quant au point d’arrivée de cette transition. Quel camp sert-elle, en réalité ? Si on nous reproche parfois d’être des “néo-marxistes libéraux”, n’est-ce pas parce qu’elle peut tout aussi bien être la fossoyeuse du capitalisme que son allié le plus précieux ?

Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins. Et nous avons moins besoin d’un énième modèle économique alternatif que d’un projet de société.

Pour nous, ce projet est celui de la société collaborative. On en parle dès 2012 avec l’ouvrage Vive la Co-révolution! Pour une société collaborative écrit par Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot, mais l’idée a pris un relief particulier avec la prise de conscience que l’économie collaborative n’a pas tenu ses promesses. Nous avons essayé dans ce livre de mettre en lumière les principes et expérimentations qui jettent les bases ce projet de société.

Il n’y a pas une mais des sociétés collaboratives : nous ne croyons pas à la prescription d’un idéal de société unique par une autorité intellectuelle. Plutôt qu’un horizon défini, c’est un choix collectif qui doit émaner des citoyens dans un souffle radicalement démocratique.

Nous inscrivons ce mouvement dans un contexte intellectuel et historique : la volonté d’en finir avec les structures pyramidales, les modèles fermés et la compétition comme vecteur de toutes nos relations. Ces derniers reposent sur une idée de l’homme que nous l’on peut qualifier de pessimisme anthropologique :

l’essence de l’homme serait de dominer ou d’être dominé.

Les projets que nous présentons se fondent au contraire sur une vision de l’homme comme animal politique, dont l’épanouissement repose sur la collaboration libre avec ses semblables. Mais la collaboration n’est pas plus naturelle que la guerre de chacun contre tous : seules des structures adaptées, qui placent en leur cœur l’équité et la justice sociale, peuvent inciter les hommes à coopérer.

Comment on s’y prend pour construire de telles structures?

Il n’est pas question ici de partager un essai de prospective désincarné sur les merveilles et désarrois du monde de demain. Plutôt que de formuler des recommandations – sitôt lues sitôt enterrées – nous rendons hommage à ce qui se trame dans le monde grâce aux personnes et projets réels. Leur inventivité, leur audace n’ont jamais cessé de nous inspirer : ce sont eux les véritables héros qui construisent la société collaborative. Ils méritent de sortir des arrières-cours médiatiques et d’être connus de tous.

Nous avons commencé à nous lever, continuons sur cette lancée.


Le livre est disponible en librairie, en commande sur les sites de Rue de l’Echiquier ou la FNAC, ainsi qu’en format numérique.



  • Neal Gorenflo

    Looking forward to the English version. And the photo of y’all is like a Vanity Fair spread. Nice!

  • Soon Neal 😉

  • Julien Decaillon

    Super plume 🙂

  • Bravo!

  • Heol YEN

    Le livre sera t’il disponible en version électronique (EPUB)?

  • Je suis très curieux de lire le livre et je me demandais si vous étiez familier avec les écrits d’Henri Laborit ? Si ce n’est pas le cas, je vous y invite grandement (en commençant par Éloge de la fuite par exemple).

    Un petit extrait, si ça peut donner envie :

    « A partir de l’expérience humaine d’une époque, n’y a-t-il pas mieux à faire que de reproduire des schémas antérieurs ? Comment l’adulte pourrait-il s’en dégager, si toute l’éducation n’a fait qu’alimenter son système nerveux en certitudes admirables, ce qui ne laisse aucune indépendance fonctionnelle aux zones associatives de son cerveau ? L’éducation de la créativité exige d’abord de dire qu’il n’existe pas de certitudes, ou du moins que celles-ci sont toujours temporaires, efficaces pour un instant donné de l’évolution, mais qu’elles sont toujours à redécouvrir dans le seul but de les abandonner, aussitôt que leur valeur opérationnelle a pu être démontrée. L’éducation que j’ai appelée« relativiste» me paraît être la seule digne du petit de l’Homme. Bien sûr, elle n’est pas «payante» sur le plan de la promotion sociale, mais Rimbaud, Van Gogh ou Einstein pour ne citer qu’eux, dont on se plaît à reconnaître aujourd’hui le génie, ont-ils jamais cherché leur promotion sociale ? Le développement de l’individualité qui en résulterait ne pourrait être que favorable à la collectivité, car celle-ci serait faite d’individus sans uniforme. Il me semble aussi qu’elle seule peut aboutir à la tolérance, car l’intolérance et le sectarisme sont toujours le fait de l’ignorance et de la soumission sans conditions aux automatismes les plus primitifs, élevés au rang d’éthiques, de valeurs éternelles jamais remises en cause. »

    • dianafilippova

      Mikael, j’ai lu l’Eloge de la Fuite il y a un peu moins d’un an. Je crois que notre génération se reconnaît de plus en plus dans ces réflexions, sinon que celles de Laborit baigne dans un pessimisme, voire un désespoir, consommés. Il évoque de temps à autre une forme de fuite dédoublée, celle qui combine détachement intellectuel et non résignation dans les actes, celle qui conduit les cyniques à jouer la partie tout en reconnaissant à quel point les règles qui la régissent sont biaisées. J’aime bien cette approche.

      Après, reconnaissons qu’il y a deux chemins, un pour l’art – les écrits de Laborit s’y appliquent parfaitement. Et puis les autres, celui de l’action, celui de l’engagement, où les comportements et motivations humains sont – fort heureusement – moins univoques et plus complexes.

  • Benoit Denéchère

    Bonjour, je viens juste de terminer votre essai que je trouve très intéressant et pertinent sur de nombreux aspects. Il m’a fait pensé à une autre lecture, celle de Patrice Flichy « Le sacre de l’amateur,sociologie des passions ordinaires » qui aborde la question du Don des individus dans cette nouvelle société. Société dans laquelle l’amateur s’engage plus par conviction que par obligation. http://communicationorganisation.revues.org/3178

  • Yann Poeta

    Bravo pour ce livre ! C’est un bel essai sur la pluralité des modèles à l’ère du numérique. Avec lui j’essaie de comprendre ce qui fait la pertinence et la force des économies collaboratives, avant de me lancer dans un projet plus concrêt en Région PACA.