Capture d’écran 2015-02-05 19.30.57

Ces jeunes talents qui partent en courant

Par manque de vision, de flexibilité et de confiance en leurs collaborateurs, les organisations traditionnelles ne savent plus recruter ni retenir les profils qui pensent et agissent en dehors des cadres.

Ces derniers, sans terrains d’action et d’expression suffisants, préfèrent de plus en plus souvent tenter leur chance ailleurs. Pourtant, eux seuls peuvent tirer les entreprises de leur torpeur et les accompagner dans un monde en transition qu’elles ne comprennent plus (ou moins).

En 2002, le réalisateur Cédric Klapisch marquait une génération entière avec la dernière scène de L’Auberge Espagnole : Xavier (Romain Duris) fuit en courant le Ministère des finances où il doit commencer son job, ivre de liberté. Cette génération a aujourd’hui entre 25 et 35 ans, et à force de les voir envahir les événements où l’on parle d’entrepreneuriat, d’innovation, d’économie collaborative ou d’impact social, il faut se rendre à l’évidence : faire son job out est bel et bien devenu un phénomène de société. De plus en plus de jeunes actifs quittent leur emploi, alors qu’ils ont techniquement tout pour y être heureux. Un CDI, un salaire confortable, des jours de RTT, des tickets resto, et parfois même un abonnement dans une salle de gym. Dans un pays qui flirte avec les 25 % de chômage chez les jeunes, quitter son job, c’est se faire hara-kiri (professionnellement) ! Alors faut-il vraiment être cinglé ou naïf pour plonger dans le grand bain du non-emploi ?

Alors faut-il vraiment être cinglé ou naïf pour plonger dans le grand bain du non-emploi ?

Un pont entre deux mondes

Eux vous diront qu’il faut surtout être cinglé pour prendre chaque jour le métro à l’heure de pointe, à Paris, Londres ou New York. Qu’une ville congestionnée les étouffe, que la vie est trop courte pour se complaire dans la médiocrité. Ils vous diront qu’ils se sentent dépossédés de leur pouvoir d’action et de décision dans un environnement professionnel et politique où quelques figures indéboulonnables décident d’à peu près tout. Ils vous diront surtout qu’ils se sont épuisés à essayer de lancer des projets ambitieux sans avoir rencontré ni soutien ni reconnaissance dans leur entreprise. Car eux lisent des blogs, des magazines, vont sur Twitter et sur Facebook, s’imprègnent des tendances et voient émerger des projets. Ils savent ce qui se passe ailleurs, ils voient les signaux faibles qui émettent parfois tout près de chez eux. Ils sentent que tout va très vite. Eux veulent construire le monde de demain, plutôt que de regarder celui d’hier se défaire. Ils ont fait de leur rêves leurs ambitions, ils voient dans les défis qui s’imposent à nous autant d’opportunités de les résoudre.

Les activistes me prennent pour un business man, et les business men pour un activiste

Ceux que je rencontre sont Français, Anglais, Allemands, Espagnols, Italiens, Américains, Polonais. Ils sont diplômés de grandes écoles ou de grandes universités. Génération Erasmus, ils parlent au moins trois langues, ont travaillé en conseil, en marketing ou en banque. Ils ont voyagé, vu le monde, ont des amis dans toutes les capitales d’Europe et se sentent enfermés comme des oiseaux en cage. Ils ne sont pas contre le business, ils ne sont pas non plus idéalistes. Ils sont pragmatiques et pleins de bon sens : ils ne veulent pas monter à bord du Titanic alors qu’ils savent déjà qu’il va couler. Eux préfèrent construire les canots de sauvetage.

« Les activistes me prennent pour un business man, et les business men pour un activiste » me disaient l’un d’entre eux récemment. Je lui ai répondu qu’il devait surtout se considérer comme un ambassadeur. Les solutions de demain viendront de ce pont que nous construisons entre deux mondes. Elles se développeront au sein des entreprises lorsque les managers auront compris combien il est essentiel d’attirer et de conserver cette génération radicalement humaniste, obstinément optimiste, parfaitement compétente, et qui a bien moins peur du vide que de l’immobilité.

Cette tribune a initialement été publiée en février 2014dans le numéro 9 du magazine Socialter partenaire du OuiShare fest



  • Boudzi Anar & Co

    « Par manque de vision, de flexibilité et de confiance en leurs collaborateurs, les organisations traditionnelles ne savent plus recruter ni retenir les profils qui pensent et agissent en dehors des cadres…. »

    lol²… Les rhéteurs étaient quand même un peu moins cons.

  • Emmanuelle Tran Ngoc Jardat

    Oui c est possible de fuir…et c est aussi du courage de rester… Aussi par solidarité pour ceux qui n ont pas les moyens, pas forcément le luxe de pouvoir partir,…il faut s entraider, c est ce qu on fait dans notre cercle des intrapreneurs 😉

  • Didier

    A 45 ans je me sens jeune et souhaite aussi partir, developper une activité qui me convienne et contribuer au développement d’une société à dimension internationale via les Ressources humaines ! Qui va m’encourager et m’aider dans cet ambitieux projet ?

    • Richard Marsaud

      Didier, je peux relever ton défi. Si tu veux en savoir plus, fais moi signe. Je fais parti des gens qui se sont ‘libérés’ de la sorte. Et j’aide les autres à le faire…

  • LHilarantUsurpateurZozote
  • David-Georges

    « Canots » et pas « canaux » (pluriel de canal).

  • Arnaud de Boisgrollier

    @ Didier. Avant même de lire votre commentaire, j’étais en train de dire « A 45 ans, je me sens comme eux » !! Pour l’instant, j’ère d’entreprise en organisme public à la recherche du lieu pour accomplir une part de ce que je porte d’humanisme, de collaboration au travail… et j’y crois encore (comme dirait Aznavour !!) Heureusement que le soir et le weekend, je joue au conjoint de chef d’entreprise pour ma femme qui a sauté le pas depuis longtemps, un peu malgré elle. Elle se consacre à « l’éducation bienveillante » avec une foi à déplacer les montagnes. Alors je soutiens, sans faillir.

  • Superbe article et surtout extrêmement décomplexant quand on se trouve en plein job out.
    Car malheureusement en période de crise, quand l’inertie se propage, on a souvent les jambes sciées par des commentaires tels que « Tu as pourtant le job idéal » ou encore « Te rends-tu compte de la chance que t’as ? ». Alors qu’on ne vit qu’une fois et qu’il n’y aucune raison de culpabiliser à vouloir tout bousculer dans sa vie, quand on en a la possibilité…

  • Je suis à la recherche de ces jeunes là, prêts à s’investir dans la fondation des fonctionnements professionnels nouveaux. Je propose de créer ensemble, chacun avec ses talents, toute une chaîne médiatique vouée à la réalisation de la vie rêvée de chacun. Si ça vous dit, contactez-moi ! (alunissons.com)

  • Claudia de YogaPassion

    Merci pour ce superbe article ! J’ai fait mon job out moi-aussi, c’était il y a plus d’un an… Et j’ai pu quitter le salariat qui ne me correspondait pas et transformer ma passion en mon métier : je suis devenue prof de Yoga et je suis tellement heureuse désormais en me levant chaque matin. Je sens que je fais une différence positive dans le monde et ce n’était pas le cas avant ! Si vous voulez en savoir plus sur mon parcours ou échangez avec moi, je vous donne rendez-vous sur mon blog YogaPassion. Bonne chance à tous et à toutes dans vos parcours et pour créer la vie de vos rêves !

  • On Purpose

    Cet article décrit parfaitement un phénomène qui n’a plus rien d’anecdotique : de plus en plus de jeunes professionnels, très talentueux, quittent leur travail pour donner plus de sens à leur carrière.

    Le programme Associé On Purpose a été conçu pour les aider à faire cette transition vers plus de solidarité et d’impact social en travaillant dans des organisations qui créent des bénéfices sociaux et environnementaux tout en utilisant des dynamiques business. D’une durée d’un an, à temps plein et rémunéré, ce programme combine missions stratégiques (2 CDD de 6 mois), formations de haut niveau, mentorat et coaching personnalisé. Nous recrutons 2 promotions par an.

    Informations et candidatures : http://www.onpurpose.fr