Point de vue
Et si nos entreprises se mettaient aussi à partager ?
On 1 May 2013 by Clement Alteresco

La consommation collaborative se développe du côté des consommateurs, mais au fait, qu’en est-il des entreprises ? Quelles ressources peuvent-elles partager ? Comment mettre en place des plateformes B2B génératrices de confiance ? Petit tour d’horizon d’un secteur émergent.

Les ressources déjà détenues ou produites par les entreprises sont considérables et souvent peu partagées. Pourquoi ? Freins culturels ? Questions logistiques ? Il semble pourtant que tout converge pour que ces nouvelles pratiques s’immiscent également dans nos entreprises. En effet, les bénéfices de l’économie collaborative : l’optimisation financière, les synergies et la collaboration, sont en totale adéquation avec les objectifs fondamentaux d’une entreprise.

Parmi les ressources qu’une entreprise a en sa possession et qu’elle pourrait partager, on compte : la production invendue, les outils de production (pour les biens physiques), le temps des salariés “non utilisé”, la surface immobilière excédentaire, le parc automobile ou encore la trésorerie “dormante”.

Chacune des ressources listées ci-dessus, pourrait avoir un réel intérêt pour toute entreprise qui serait prête à les partager avec d’autres entreprises. Prenons l’exemple des parkings. Une entreprise qui possède des parkings pour ses salariés ne les utilise, pas ou peu le soir, et pourrait facilement les partager avec des personnes résidant aux alentours. C’est ce que propose Zenpark.

Seulement, même si ces pratiques commencent à se développer en France, nous ne sommes qu’aux balbutiements de la consommation collaborative en B2B.

Voici cependant une liste non exhaustive de quelques exemples intéressants :

Xavier Corval, a fondé la société Eqosphere précurseur dans la revalorisation des productions industrielles. Eqosphere développe des logiciels permettant à un producteur de connaître en temps réel l’état de sa production. Dès lors, le producteur peut décider de revaloriser cette production à travers d’autres circuits de distribution. L’exemple le plus significatif étant celui de la revalorisation de produits alimentaires de supermarché.

Une autre initiative intéressante est celle de Samuel Cohen avec b2b-en-trade dont l’objectif est de permettre à une entreprise de faire du Barter sur sa production invendue ou sa surcapacité de production. B2B en-trade est un nouveau moyen de financer des prestations via l’échange de compétences.

Je citerai évidemment Bureaux A Partager que j’ai fondé avec faberNovel : une place de marché qui permet aux entreprises de mettre à disposition leurs espaces non utilisés. BAP est en quelque sorte, un site de rencontres pour entreprises désireuses de partager leurs bureaux.

Enfin, dans le domaine du P2P, il existe aussi sur le marché :

  • troovon.com un service de petites annonces intra-entreprise
  • e-Loue.com  qui propose sa plateforme en marque blanche en B2B
  • friendsclear.com qui propose du financement d’entreprise participatif

Vers un label de confiance spécial entreprises ?

Nulle besoin de réexpliquer ici l’importance de la notion de CONFIANCE lorsque l’on aborde les sujets qui touchent au partage. Sans confiance, pas de partage. En sera-t-il de même pour le partage en B2B ? Peut-on imaginer demain un Facebook des entreprises ou un service de notation permettant de juger de la fiabilité d’une entreprise ?

Les choses se compliquent lorsque l’on rentre dans des considérations strictement commerciales ou que l’on touche à la communication d’une entreprise ou de ses produits. Bien plus que lorsqu’il s’agit d’un individu. Pourtant, cette notion de confiance est essentielle, et les entreprises vont être obligées de se plier à l’exercice.

Mais quand on parle de confiance dans une entreprise de quoi parle-t-on ? Au delà de sa capacité à payer en temps et en heure, quoi d’autre ? Son professionnalisme ? Sa rentabilité ? Son service client ?

À propos de cette notion de confiance, il existe un service appelé Blacklistic qui permet aux consommateurs de dénoncer les agissements d’une marque en déposant une réclamation. Le site suit le dossier jusqu’à ce que le client obtienne gain de cause. Il s’agit ici de e-réputation, une notion finalement assez proche de la confiance, qui pourrait s’intégrer demain à un service permettant de mesurer la confiance qu’inspire une entreprise.

A l’inverse, une autre mesure du niveau de confiance d’une entreprise pourrait être de se référer aux individus qui la composent. Une vision « bottom up » de la confiance qui mériterait d’être approfondie dès lors qu’elle remet en question l’identité de l’entreprise comme étant la somme des individualités plutôt qu’une entité à part entière.

Un blocage culturel

Une des questions récurrentes que nous entendons chez Bureaux A Partager est « Comment fait-on en terme de sécurité et de confidentialité ? L’autre entreprise peut entendre nos conversations. C’est dangereux ! ». Et oui « l’autre entreprise » peut entendre les conversations, il faut donc se protéger, ce qui paraît normal quand on prend en compte le fait qu’une entreprise vit dans un paysage concurrentiel. Rien à voir avec l’individu de ce point de vue.

Cette barrière est certainement la plus compliquée à franchir. Et ce qui pousse certaines entreprises à la franchir, comme souvent dans l’économie collaborative, est le « besoin économique ». En effet, l’entreprise qui partage ses bureaux, le fait rarement par gentillesse mais surtout par nécessité financière. Elle est donc prête à sacrifier un peu de sa confidentialité pour générer du Chiffre d’Affaires.

Cependant, comme pour les individus, souvent, la magie du partage opère aussi dans les entreprises. En partageant elle se mettent à travailler ensemble et à s’apporter des compétences et le « risque sécuritaire » se transforme en « opportunité business ». Les synergies s’opèrent. Plus qu’un système de notation, nous réfléchissons chez Bureaux A Partager de plus en plus à développer un système de matching de compétences efficace, ce qui est bien plus compliqué mais beaucoup plus ambitieux.

Nous ne sommes qu’au début du partage en B2B, aucun service dans ce domaine n’a encore atteint la taille ou la réputation d’Airbnb. Et plus le phénomène se répand en C2C plus il a de chance de se développer en B2B. A suivre !

Clement Alteresco Clement is the founder of Bureaux A Partager and Share Your Office (english version) and a partner at faberNovel. Profile →

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