Décryptage
Les quatre leviers de l’économie du partage
On 9 April 2013 by Hélène Pouille

Réappropriation des données, formalisation des modalités du partage, intégration des organisations verticales, confiance… Voici les leviers à actionner pour fluidifier l’économie du partage, selon Daniel Kaplan, co-fondateur et délégué de la FING.

“Posséder, c’est dépassé” tel est l’un des adages de la communauté OuiShare. Derrière ce slogan, il y a une volonté de se délester de tous ces objets qui nous envahissent mais aussi (surtout ?) de donner plus de place aux relations qu’ils engendrent. Et concrètement, comment on s’y prend pour généraliser les modèles émergents de consommation et production partagée ?

Rendre visible les invisibles : les données

Rendez-nous nos données !“, commençait par insister Daniel Kaplan, qui était l’invité de notre dixième OuiShare Talk (et oui, déjà dixième !). En effet, qu’elles soient matérielles ou immatérielles, les données sont à la base de tout partage. Encore faut-il donc pouvoir y accéder ! D’où la nécessiter d’en exhumer certaines, un peu trop enfouies, et à révéler d’autres. Au travail !

Mais tout n’est pas à réinventer, loin de là. De nombreuses données nous concernant existent déjà, en partie accaparées par des entreprises ou institutions -souvent au prix d’un “j’accepte les conditions générales d’utilisations” que l’on a très succinctement survolées pour ne pas dire pas lues- qui ont parfois du mal à partager.

Pourquoi vouloir récupérer des entités dont on ignore l’existence ? Et bien, parce que nos traces numériques rendent les entreprises et institutions qui les possèdent plus intelligentes à notre sujet et nous, dans l’histoire, on est toujours aussi bête. Inoffensives en tant que telles, c’est en les reliant les unes aux autres qu’elles leur offrent la possibilité de mieux nous segmenter, targeter, marketer et tutti quanter… Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

“Aujourd’hui, les entreprises deviennent plus intelligentes et nous non.” Daniel Kaplan

En guise de pistes, des exemples venus de l’étranger démontrent qu’il est possible d’ouvrir l’accès aux données : En Angleterre, MiData rend ses données au consommateur, Green Button et Blue Button aux États-Unis rendent l’accès respectivement à notre consommation énergétique et à nos données médicales. Imaginez ce que ça donnerait si on maîtrisait toutes nos données concernant nos modes de vie et de consommation. Bien se connaître -sous l’angle des datas-, pour mieux partager ? Allez, par ici les données !

Partager, oui ! Mais à quelles conditions ?

Si entreprises et institutions ne sont encore que trop peu partageuses, le moteur de l’économie du partage est donc au niveau des individus. Notre générosité, notre hospitalité aussi farouches soient-elles ne sont a priori visibles que par les cercles limités par notre famille, amis ou connaissances. Il reste donc un pas à franchir pour que cet inconnu à l’autre bout de la planète ou de la rue puisse y accéder. Comment alors, passer à l’échelle supérieure et rendre nos possessions plus “open source” ?

Prenons un exemple, celui de l’hébergement : Si des amis ou des membres de ma famille me demandent de les loger pendant quelques jours, vais-je ressentir le besoin de les orienter vers des plate-formes telles qu’Airbnb ou Couchsurfing pour leur octroyer un bout de canapé ?

On se rend vite compte qu’une telle logique d’exécution relève d’une absurdité conventionnelle. En mettant des règles formelles, le mécanisme de partage généralisé peut de fait aseptiser la chaleur initiale qui se trouve dans l’acte de recevoir -et plus largement de partager. La modélisation serait-elle forcément un mécanisme ôtant le charme et la spontanéité du partage ? Modélisation veut-elle automatiquement dire monétisation ? Se pourrait-il finalement que, dans certains cas, la normalisation du partage aille contre son essence même ?

De la même manière, si je suis potentiellement micro-entrepreneur de toutes mes possessions, le fait d’en faire des objets de micro-revenus, n’enlève-t-il pas la poésie à toutes ces petites choses chargées d’histoire ? À nous de trouver des moyens d’en faire des petites choses chargées de -nouvelles- belles histoires…

Connecter les structures horizontales avec les organisations verticales

Jusqu’où les modèles distribués peuvent-ils repousser les limites du système économique vertical existant ? Peut-on vraiment imaginer un avenir sans distributeurs ? D’ici là et si cette vision se concrétise, le modèle de la grande -ou petite- distribution va bien devoir cohabiter avec cette nouvelle façon de posséder. Loin d’être opposés, ces deux modes de possession peuvent s’articuler et s’appréhender en 2D avec d’un côté l’horizontalité du pair-à-pair et de l’autre la verticalité des grands groupes.

Dans cette économie maillée, on provoque la rencontre entre des produits manufacturés et des échanges -humains- autour d’objets qui, autour de leurs usages, construisent des relations. Maintenant, comment faire vaciller un équilibre 2D -pas si évident à trouver- vers des modes de vie totalement distribués ? Un chemin semble doucement se profiler : l’art non seulement de produire de manière distribuée mais également celui de penser cette production de façon partagée, en la documentant, en l’ouvrant de manière quasi-illimitée. Ce mouvement porte un nom, celui de Makers, et s’amplifie de jour en jour.

“L’économie horizontale deviendra grande si elle a arrive à se connecter à l’ensemble des organisations verticales” Daniel Kaplan

Créer des leviers d’adhésion

Tous les outils qui pourront être imaginés et créés autour du partage resteront… Des outils. Le partage de quelque forme qu’il soit, c’est avant tout une relation où on fait ce petit pas dans l’inconnu, dans cette confiance qu’il faut apprivoiser et construire au cours du temps. Et justement, elle peut en prendre du temps.

Construire la confiance 2.0…

Quelle différence entre le fait de prêter son tournevis à son voisin et le confier à un étranger ? La façon de faire connaissance, essentiellement. Et, même si le champ technologique n’a rien à envier à un hall d’immeuble, on fait assez vite confiance à ce voisin 2.0 qui veut nous vendre sa paire de skis inutilisée via un site de petites annonces.

Cette confiance digitale est loin d’être aveugle : non seulement nous avons développé des compétences permettant de distinguer les “faux éléments” (faux profils, faux avis,…), mais en plus nous avons construit des systèmes intelligents auto-régulés par la magie du crowd. Qu’il s’agisse de mutualisation de connaissances via Wikipedia ou de mutualisation de biens via le bon coin, la confiance digitale se construit finalement assez naturellement.

L’économie du partage fait donc naître une multitude de rencontres virtuelles qui ont pour objet de ne pas le rester, le tout catalysé par toutes ces choses qu’on veut partager. Quand la magie d’internet permet de s’en échapper…

… Et s’armer de patience

Le charme et la poésie de l’économie du partage, c’est peut-être aussi cet accès presque total, hors de l’immédiateté ambiante. Un partage qui vogue sur la douceur de la patience, l’attente d’une relation inédite qui n’aurait surement pas pu avoir lieu autrement.

“L’important ce n’est pas la vitesse, c’est le sens de pourquoi on court.” Daniel Kaplan

Alors… On partage ?


La prise de notes collaborative du Talk de Dianel Kaplan Crédits photos : Eric Van Den Broek

Hélène Pouille Spreading knowledge, concepts & ideas through drawings. In love with social innovation & sharing lifestyles. Profile →

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