Décryptage
Les fab labs sur la feuille des autoroutes numériques du gouvernement
On 1 March 2013 by Sabine Blanc

La feuille de route du gouvernement sur le numérique inclut le développement des fab labs, ces ateliers collaboratifs boostés au numérique. Le Premier ministre l’a annoncé hier matin à l’occasion d’une visite du Fac Lab de Gennevilliers avec Fleur Pellerin, la ministre déléguée chargée de l’Economie numérique.

Oh quelles jolies pochettes !”, lance Fleur Pellerin à Josiane, la petite cinquantaine, reine du dé à coudre et maintenant de la découpe laser. Elle a conçu ces beaux rectangles de cuir vif en alliant techniques anciennes et modernes au sein du Fac Lab, le fab lab (FABrication LABoratory) de l’université de Cergy, installé dans son antenne de Gennevilliers. Juste avant, la ministre déléguée à l’Economie numérique regardait avec admiration un costume orné de boutons lumineux tout autant fait main.

Fleur Pellerin a donc tenu sa promesse lancée en décembre sur Twitter : ce jeudi matin, elle a visité un fab lab, un atelier de fabrication personnelle collaboratif qui démultiplie les possibilités de création en s’appuyant sur la collaboration en ligne et les machines-outils assistées par ordinateur.

Jean-Marc Ayrault devant une imprimante 3D

Jean-Marc Ayrault devant une imprimante 3D – CC Ophélia Noor

Non seulement la ministre a déambulé entre les fers à souder et la découpe vinyle mais elle l’a fait en compagnie du Premier ministre et de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. C’est que cette visite in situ a été calée dans la foulée d’un séminaire gouvernemental sur le numérique – présidé par Jean-Marc Ayrault. Entre le très haut débit, l’open data et la formation des profs, les fab labs font partie de la feuille des autoroutes numériques dévoilée par le Premier ministre, dans la catégorie “Promouvoir nos valeurs dans la société et l’économie numériques”.

Rien de nouveau depuis le séminaire EPN organisé voilà deux semaines à Bercy qui avait dessiné l’évolution des missions des Espaces publics numériques (EPN), ces lieux de formation ouverts en 1997. Fleur Pellerin avait annoncé avec un débit de mitraillette monocorde qu’une partie des EPN deviendraient des fab labs. Une évolution logique de leur rôle, à l’heure où la majorité des Français savent désormais se servir d’Internet et disposent d’une connexion à la maison. D’autre part, l’avenir semble désormais à la fabrication (numérique) personnelle.

Valeurs et utilité sociétale

La bonne impression laissée par ce séminaire a été confirmée. Loin de les décrire comme des lieux magiques d’où sortira l’économie de demain à base de startups innovantes, la présentation met en avant l’accent sur les valeurs et leur utilité sociétale potentielle :

Maitriser les innovations numériques issues des nouveaux procédés de fabrication et permettre aux usagers de produire de nouveaux objets.

Permettre le détournement créatif des matériels et d’outils numériques existants et l’adaptation vers des usages innovants ;

Connaître les procédures de réparation des outils numériques (dont les outils électroménagers) pour répondre aux besoins des populations en difficulté.

Le “détournement créatif”, pour ne pas prononcer l’effrayant terme “hacking”. Mais l’esprit est là. Le distingo avec les TechShop, ces espaces qui louent du temps de machine, a été bien retenu. En décembre, le cabinet avait organisé un séminaire “Développement des fab labs en France” réunissant le DG de cette chaine américaine à big business success qui cherche à s’installer en Europe, le Fac Lab, des gens des start-ups numérique françaises et de l’industrie.

Flou sur le financement des machines

Concrètement, “une phase d’expérimentation sera lancée en 2013 pour développer des services innovants dans certains EPN. Ces expérimentations concerneront les usages mobiles et la création de fab labs”. 2 000 emplois d’avenir renforceront les effectifs des EPN, avec la création du métier de “forgeur numérique” chargé d’aider à mettre en place les labs.

Voilà pour la théorie. Sur le terrain, une première question de taille se pose : qui paye les machines et leur entretien ? Aucune enveloppe particulière n’a été annoncée et les finances des collectivités locales sont en berne. Or un fab lab, c’est environ 20 000 euros, entre la découpe laser, l’imprimante 3D, les postes de soudure, l’outillage. Il faut aussi trouver des locaux adéquats, de taille suffisante et aux normes de sécurité adaptées. Par exemple, il faut prévoir un système de filtration des fumées pour la découpe laser, un évier pour la refroidir.

Un fab lab, ce sont des machines mais c’est surtout une communauté qui s’anime. Déjà, il n’est pas certain que ces forgeurs numériques fraichement intégrés dans le réseau EPN soient la solution optimale : si les missions des fab labs évoluent, quid de celles des animateurs actuels des EPN ? De plus, il n’est pas garanti que ce soit des CDI et le profil de leur formation est davantage technique qu’humain. Il faudra aussi s’assurer que le maillage sera régulier, et non uniquement fonction des appétences des EPN pour les atomes.

L’autre dimension est éducative : les fab labs font partie de ces lieux qui permettent de pallier un défaut du système éducatif français, la survalorisation de l’intellectuel au détriment de la pratique. A quand une déclinaison française de FabLab@School ?

Enfin, ces fab labs devront s’articuler avec ceux qui ont poussé de façon spontanée depuis quelques années, les pionniers Artilect et autres PiNG, et qui continueront de le faire. Sans compter les entreprises qui ont bien vu leur intérêt dans le concept : avant Ayrault et Pellerin, le Fac Lab a déjà reçu la visite de Leroy-Merlin.


Crédit photos : PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification Ophelia Noor

Sabine Blanc Journaliste sur les Internets, ex Owni canal préhistorique 2010-2013. Présidente de l'association loi 1901 Open Bidouille. Profile →

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