Décryptage
Arrêtez de réfléchir comme hier, pensez comme demain !
On 6 December 2012 by Edwin Mootoosamy

Internet n’est pas seulement un outil idéal pour permettre la rencontre d’une offre et d’une demande favorisant la consommation collaborative. Le réseau joue également un rôle potentiellement beaucoup plus disruptif : la mutation de notre culture commune.

Le développement rapide des initiatives de consommation collaborative est fortement lié au développement de l’accès à Internet. L’accès au réseau par le plus grand nombre rend possible la rencontre d’une offre et d’une demande conséquentes qui vient répondre aux problématiques de masse critique.

Mais Internet joue également un autre rôle, plus long terme, plus évolutif, qui n’est pas mesurable en nombre d’inscrits ou de membres et qui a pourtant un potentiel disruptif beaucoup plus important. Il s’agit de l’impact sur notre culture commune de l’accès à Internet et de l’évolution de l’appréhension du futur qu’implique l’émergence de cette nouvelle culture.

L’émergence d’une culture numérique

Des signaux faibles de l’émergence de cette nouvelle culture peuvent être vus dans les mèmes, les codes de language, les mythes qui entourent Internet. Mais cette culture ne se limite pas à cela, le pendant de ces objets culturels c’est la diffusion de l’information, l’horizontalité, l’émergence de communautés (pas au sens du marketing digital mais bien au sens sociologique du terme)…

Première page du chapitre XI de la version française du “Gène égoïste” de Richard Dawkins où est introduit l’idée de mème.

Rendez-vous compte de la révolution culturelle qui couve dans nos foyers : certains jeunes partagent une culture commune alors qu’ils ne se sont jamais vus. Ils habitent parfois à des milliers de kilomètres les uns des autres, mais passent des nuits entières sur le même jeu vidéo. On voit ainsi émerger différentes cultures transnationales à un niveau macro alors que c’était le niveau micro qui prédominait dans ce domaine avec la fameuse bande d’amis de notre adolescence.

Le monde a tellement changé que les jeunes doivent tout réinventer :  une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d’être et de connaître… ~ Michel Serres

De la culture à l’appréhension du monde

On le sait, Internet, au même titre que l’apparition de l’imprimerie va avoir un impact sur notre capacité cognitive. Je ne vais pas entrer dans le détail, pour cela je vous conseille la conférence de Michel Serres :

Par l’écriture et l’imprimerie, la mémoire, par exemple, muta au point que Montaigne voulut une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine. Cette tête vient de muter encore une fois. ~ Michel Serres

Ainsi l’Homme intelligent de l’ère Internet ce n’est plus celui qui sait. Davantage, l’intelligence réside dans la création de liens entre les savoirs, ou entre les différentes théories. On retrouve ici une des facultés premières du cerveau : travailler en association d’idée. C’est sur ce mode de fonctionnement que le Web est construit à travers des liens hypertextes (Merci Tim !). Peut-on imaginez un Web construit comme une bibliothèque ? Par ordre alphabétique ? Quel gâchi ! Non, ce qui compte c’est que les idées et les théories se croisent et se chevauchent. Mais cela implique une certaine ouverture, et dans une certaine mesure une diminution du “contrôle”.

Les liens hypertextes envahissent nos vies

C’est un des points clés de cette nouvelle culture ou, quand le fonctionnement en lien hypertexte envahit nos vies. Pensez-y quelques instants, qu’est ce qu’un espace de co-working sinon un espace où des projets vont se connecter et grandir ensemble ? Cela sans le vouloir, sans mettre en place de process, tout simplement parce que  l’Homme est un être social par essence. Si vous ne me croyez pas, venez faire un tour à Mutinerie.

D’autre “outils” sont porteurs de cette culture. La licence Creative Commons va dans ce sens en permettant à chacun d’entre nous de se nourrir de ce qu’il lit sur Internet et même de reprendre des idées pour les “augmenter”, les connecter, les reformuler.

L’open source avec l’accélération considérable du processus d’innovation qu’il permet est dans cette logique. Il faut laisser vivre les idées, les laisser se connecter, se frotter aux autres pour qu’elles grandissent !

Sorte de combinaison entre ces deux premiers concepts, l’open data participe aussi de cette philosophie. L’ouverture des données inexploitées permet à chacun de développer des outils qui viendront répondre à des besoins précis de la société.

Mais également les nouvelles formes d’activités professionnelles propres à la “génération slash“, qui mélange activités directement rémunératrices et bénévoles, professionnelles et amateurs, privées et publics…

Les exemples sont nombreux mais retenons qu’Internet par son développement rapide est en train de profondément modifier la structure de nos sociétés en affectant nos façons de penser et d’appréhender le monde.

Internet est en train de révolutionner notre façon de faire société ~ Antonio Casilli

Un terreau fertile pour l’économie collaborative

Internet est en train de nous déprolétariser (Bernard Stiegler) en nous rendant conscient de l’impact de nos actes mais surtout en nous rendant théoriquement “égaux” face aux “savoirs”.

L’économie collaborative telle que la définit OuiShare est le  fruit de ces mutations et de l’émergence de cette nouvelle culture. Alors que « Le fordiste, lui même inspiré du Taylorisme, ont donné la consommation de masse et la captation et exploitation de l’énergie libidinale ». Il me semble que la combinaison : émergence d’une nouvelle culture, loi de Moore et développement de l’accès à Internet, fait émerger ce que Bernard Stiegler appelle les technologies relationnelles (avec son pharmakon : “Le travail du consommateur” Marie Anne Dujarier) qui offrent des perspectives enthousiasmantes et notamment l’émergence de l’économie collaborative.

Certes, beaucoup reste à faire. Penser comme demain nécessite de se libérer des contraintes du passé qu’elles soient institutionnelles, légales ou sociales pour recréer des espaces de liberté (physique et intellectuelle). Mais n’avons nous pas le plus formidable outil pour mener à bien cette entreprise ?

Je vois nos institutions luire d’un éclat semblable à celui des constellations dont les astronome nous apprennent qu’elles sont mortes depuis longtemps déjà. ~ Michel Serres


Pour aller plus loin : Comment développer et transmettre une culture numérique ? (Place de la Toile)

Crédits photo : Nicosmos; Jean-Marc Côté

Edwin Mootoosamy OuiShare Co-Founder & France Connector. I am particularly interested in alternative models of culture and the socio-economic changes induced by the evolution of Internet use. Profile →

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