Dossier
Le Coworking est l’avenir de l’Homme
On 15 November 2012 by Marc-Arthur Gauthey

Comme les bibliothèque où les ordinateurs ont remplacé les livres, le coworking fournit une alternative de plus en plus plébiscitée aux bureaux traditionnels. Retour sur les tendances d’un phénomène qui a changé la définition du mot travail.

“Le nombre d’espaces de coworking double chaque année depuis 2010″. Les chiffres donnent le ton. L’annuaire allemand du coworking Deskwanted dévoilait les résultats de son enquête annuelle le 8 novembre dernier à la Bellevilloise, lors de la troisième édition de la Coworking Europe Conference. Au total, on en compterait aujourd’hui au moins 2.072 espaces à travers le monde.

Toujours selon ces résultats, New York compte pas moins de soixante espaces, soit autant que sur tout le territoire français. Dérisoire pour l’hexagone ? Pourtant, Jean-Baptiste Roger de l’agence publique La Fonderie explique que la Région Ile de France a amorcé 14 projets d’espaces en 2012, en plus bien sûr de la dizaine d’initiatives privées. 79% de espaces sont totalement indépendants dans leur activité et leur développement. Ils n’appartiennent à aucun groupe. Une lame de fond est donc en train de se préparer…

La tendance est d’autant  plus remarquable que l’investissement de départ moyen n’est pas négligeable : environ 70.000 euros en Europe pour ouvrir un espace de coworking. Mais ce chiffre est en fait assez variable en fonction des villes, des superficies des espaces, et ne prend pas vraiment en compte tous les coûts fixes en loyer, entretien et personnel qui leurs sont liés.

Des sources de revenus diversifiées

Logiquement, la fréquentation moyenne a également presque doublé en un an, passant de 30 à 50 coworkers quotidiens en moyenne par espace. Cela reflète assez bien la stratégie de rentabilité que visent la plupart des espaces de coworking : multiplier le nombre de coworkers par le prix de la journée de travail.

Mais les business models de la plupart des lieux de coworking sont en fait plus diversifiés : augmentation du nombre de postes de travail, location de l’espace pour des événements, ouverture d’un second lieu dans un autre quartier ou une autre ville.

Autre facteur intéressant de revenus pour ces espaces : la location de salles pour des réunions et des ateliers auprès de personnes extérieures. En effet, l’un des enjeux principaux d’un espace reste d’être un lieu de rencontre dès lors que cette animation permet de faire vivre et grandir la communauté. La dynamique événementielle du lieu est donc essentielle pour se créer son identité et fédérer des énergies en son sein.

Les conférences, les cours, les ateliers, répondent surtout aux besoins des coworkers de se former et de s’améliorer. Ce mouvement crée le nombre, le nombre multiplie les opportunités potentielles, les opportunités créent des business parmi lesquelles, de véritables succes-stories.

Vers une spécialisation des espaces de coworking ?

On le voit donc : plus qu’un business model, le coworking est un contrat social entre des personnes. Une façon de vivre et de travailler ensemble. On voit donc des espaces associatifs, publics, privés voir le jour. En fait, les espaces de coworking ne font pas vraiment de l’ombre aux centres d’affaires, les pépinières, les incubateurs… de structure définit fortement son identité et sa manière de fonctionner car les impératifs financiers et les positionnements varient.

Coworking is not about spaces. It’s about people.

Il y a fort à parier que les espaces de coworking vont  de plus en plus se spécialiser par domaine de compétences : design, édition, web… Notamment parce que cela permet la mutualisation de ressources de plus en plus spécifiques. Alors, de nombreux projets sont en cours pour animer cet écosystème. Créer des interactions entres les espaces est une priorité parfaitement identifiée par chacun, car c’est une évolution logique.

La Coworking Europe Conference et le récent Coworking Week-end français agissent dans ce sens. Des projets de “visa de coworkers“, d’agendas et de bases de données partagés, de co-programmation, et mille autres choses sont en cours. Mais l’hétérogénéité des espaces, des besoins et des priorités rend cette harmonisation complexe.

Le coworking participe au changement global

Pour Richard Collin de Nextmodernity, nous  vivons dans un “monde en beta“. C’est à dire un monde où l’on teste des idées, des concepts. En réalité nous vivons surtout la transition d’une économie de propriété à une économie d’usage. Et cette tendance s’est amplifiée depuis 2008. Sur bien des points, la crise a permis une remise à plat systémique, et une revalorisation des aspirations personnelles et professionnelles des individus au sein de groupes et de communautés. Un monde en beta est un monde en reconstruction, et c’est la liberté de créer qui est moteur de cette évolution.

L’outil de cette liberté est la technologie : nos capacités créatives n’ont jamais eu autant d’outil à leur disposition. Mais la dynamique est humaine, et les acteurs de cette reconstruction sont mobiles. Ce sont sont bien souvent… des coworkers.

We are the wave, and the actor of change – Richard Collin

Les espace de coworking sont donc le cadre de ce non cadre. Des lieux où se dessinent des modes de travail animés par le lien social, la mise ne commun des ressources et des idées, le mouvement et inspiré d’une certaine dose d’improvisation. Ils facilitent et accompagnent ces transitions créatives et entrepreneuriales. Ils permettent de franchir le cap par leur seule existence, particulièrement sur les moments de ruptures radicales : passer de l’idée au projet, passer du projet au lancement.

Pour Tony Baciagalupo, qui a créé l’espace New Work City à Manhattan, l’écosystème new-yorkais des startups s’est développé grâce au coworking. Alors qu’il était presque inexistant il y a quelques années, il est devenu le deuxième mondial après SF et évolue désormais en autosufficance éco-systèmique : idées, ressources, fiancements, marché.

Pourquoi Coworker ?

Si vous interrogez des coworkers, ils vous diront avant tout que leurs espaces sont des lieux de créativité. La plupart ont fait une journée d’essai, aimé l’atmosphère. Pour eux c’est un stimulateur d’idées, une porte ouverte aux opportunités. Ce qu’ils y apprécient c’est un environnement fun, amical, détendu, où l’on peut mieux se concentrer qu’ailleurs.

D’un point de vue pratique, le coworking répond à des besoins restés latents pendant des années, mais aussi à l’évolution des modes de travail. C’est aussi une véritble flexibilité face au risque financier que représente un loyer mensuel. Pour les jeunes entreprises, les freelance, les auto-entrepreneurs, c’est un argument de poids rendu possible par la mutualisation de ressources.

Un exemple passionnant nous vient du New-York dévasté par Sandy. Des espaces de coworking plus ou moins éphémères se sont mis en place spontanément pour permettre aux gens qui n’avait pas l’électricité d’avoir un lieu de travail. Dans le même temps, la communauté technologique aide les particuliers et les entreprises à reconfigurer tous leurs outils pour que la vie reprenne.

Le coworking au coeur du monde de demain

Face à la crise, aux catastrophes, aux évolutions du monde désormais, les solutions à des problèmes gigantesques  ont aussi leur réponse dans l’organisation spontanés des individus. Le coworking est une culture globale, celle du co, du partage, du bon sens et de l’ouverture aux autres. Ces espaces sont devenus les hubs d’une innovation en mouvement, un concentré de talents exceptionnels qui inventent aujourd’hui les usages de demain. Ils dessinent l’avenir du travail, de la création, de l’innovation… et il semble bien que ce n’est qu’un début.


Crédit photo : Stefano Borghi

Marc-Arthur Gauthey Entrepreneur, Teacher & OuiShare Hacktivist Profile →

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