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« La Co-Révolution est en marche… et elle est globale »

Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot, auteurs de Vive la Co-Révolution ! et membres de OuiShare sont en tournée sur les routes de France pour transmettre le virus du collaboratif. Nous les avons interrogé pour savoir si la « révolution collaborative » est effectivement en marche…

Quel était l’objectif du livre ?

Anne-Sophie Novel : Il s’agissait de faire le point entre de nombreuses observations effectuées depuis 2009 : en tant que blogueuse et ecolo-geek, je sens les interdépendances avec les écosystèmes vivants et numériques qui m’entourent. Partout je vois les dynamiques collaboratives se mettent en oeuvre. Il était temps de faire un point sur tout cela. La CORévolution est rendue possible par un ensemble de crises (économiques, financières, écologiques et sociales) et de nouvelles habitudes de pensées que nous héritons de l’usage du numérique.

Partout je vois les dynamiques collaboratives se mettent en oeuvre.

Stéphane Riot : Notre intention était aussi de donner à montrer une photo en instantané d’un mouvement qui émerge est qui semble souvent difficile à percevoir par le grand public et les entreprises; mais nous avions surtout à cœur de montrer à quel point cette tendance est forte car elle est “mobile” et qu’elle apporte un vrai renouveau à nos modes de consommation, d’entrepreneuriat, de création de valeur, c’est pour ca qu’elle représente selon nous une vraie révolution !

Qu’est ce que le « co » ? Un état d’esprit ? Un nouveau secteur économique ? Un mouvement ?

Anne-Sophie : C’est tout cela à la fois ! Une mentalité 2.0 qui fait que nous sommes tous interconnectés, une façon de RE-faire et Ré-inventer le vivre ensemble, une envie de répondre de concert aux défis que nous avons devant nous. Ce n’est pas vécu de la même manière par tous les acteurs de ce mouvement, mais il y a un état d’esprit et une façon de pensée communes.

Certains sont plus au fait de cette tendance, plus concernés, mais ceux qui le sont moins restent également prédisposés à ces nouvelles logiques. Le partage, la solidarité, l’échange sont de vieilles habitudes que nous possédons tous : d’une certaine manière, les excès de la société actuelle (hyperconsommation, hyper-riches, hyper-pauvreté, etc.) nous poussent à désapprendre certains réflexes et à les questionner en profondeur. Pourquoi toujours plus d’argent, de consommation, de division, d’individualisme ? Pourquoi con-sommer ainsi ? Ne puis-je pas faire autrement, retrouver du lien social, et améliorer mon bien-être sans que cela soit lié à la sacro-sainte croissante ?

Stéphane : Le “co” c’est aussi une multitude de postures individuelles ou collectives : de la CO-hérence d’achat responsable (“avoir accès” plutôt qu’acheter un bien ou un service), de la CO-nfiance entre les acteurs (individus ou entreprises) pour que la collaboration puisse s’établir de manière durable, de la CO-nvivialité (chère à Ivan Illich), du CO-eur aussi….

Pourquoi la Co-« Révolution » ? Le collaboratif représente-t-il une révolution ou une évolution selon vous ?

Anne-Sophie : Ce n’est pas tant un choix médiatique que celui d’un terme englobant. Le CO est partout, quand on y fait attention. C’est tout autant une évolution qu’une révolution. Cela s’inscrit dans la continuité de logiques instaurées ces dernières années, mais cela les renouvelle aussi et renouvelle les pratiques.

C’est une révolution au même titre que celle de l’écriture ou de l’imprimerie.

Le droit, l’économie et la société toute entière ont été changé avec leur apparition : avec le web se dessine un monde nouveau, les logiques de l’open-source et des réseaux sociaux se matérialisent aujourd’hui et nous font retrouver plus de convivialité. Espérons maintenant que cette évolution nous pousse à être meilleurs… pour nous même et nos écosystèmes.

Vous avez présenté le livre dans plusieurs villes de province : quelles ont été les réactions sur les thèses développées dans le livre ? Sentez-vous la France prête à bouger ?

Anne-Sophie : Oui, à Paris, Nantes, Bordeaux, St Etienne, Porquerolles, Le Mans… et d’autres villes à venir. Des réactions toujours fort enthousiastes, curieuses, encourageantes, complémentaires. Les personnes qui viennent sont d’ores et déjà intéressées à la base; je ne sais donc pas si cela est un bon échantillon représentatif, mais nombre d’entre elles nous ont confié agir à leur manière, et les mentalités sont prêtes je pense.

Nous rencontrons aussi beaucoup de décideurs dont les propos renforcent les nôtres, avec beaucoup d’enthousiasme de leur part également. Pour ma part, je sens une prise de conscience et une convergence actuellement, nous sommes peut être dans des milieux bobo-geek-ecolos et cela entretient cette sensation, probablement, mais il demeure que les chiffres sont là, les crises aussi, et les envies d’agir autrement aussi.

Stéphane : En effet, assez systématiquement on observe que nous partageons les mêmes constats avec les personnes qui viennent nous écouter : notamment sur la situation financière, sur la crise écologique, sur le manque de sens parfois, dans nos vies professionnelles… Souvent le simple fait de partager avec eux des exemples concrets, notamment sur la consommation collaborative ou sur les relations des entreprises avec la société civile, ou encore les nouvelles formes de management collaboratif, leur insuffle un véritable enthousiasme de s’engager elles-mêmes à leur niveaux dans leurs différentes sphères de vie. On en ressort à chaque fois super boostés et on se dit que cette Co-Révolution est déjà en marche, et qu’elle est globale (pas seulement en France).

Comment voyez-vous cette co-révolution se décliner dans les prochaines années ?

Anne-Sophie : Dans le livre, nous ne soulignons pas assez je pense le rôle de la production collaborative et de la révolution du Do it Yourself (faire soi-même). Il va se passer à ce niveau de grandes choses également. Pour le reste, il me semble que tout n’est pas « révolutionnaire » non plus, que certains services de « consommation collaborative » restent… de la consommation. Que certaines tentatives de co-création restent des opportunités business, que certains outils de management collaboratif restent de la poudre aux yeux…

Comme dans chaque phénomène qui émerge, il est bon de conserver une part de discernement et de prendre du recul sans perdre de son enthousiasme, bien sûr ! Dans les prochaines années, la créativité individuelle va enrichir le phénomène et nous pourrons encore plus faire front dans notre désir d’un monde meilleur. Mais je doute malgré tout, au fond de moi, que cela puisse enrayer d’autres dynamiques à l’oeuvre, profondément bien ancrées dans l’histoire de nos sociétés.

Stéphane : Il est vrai que certaines entreprises, voire certains représentants des générations précédentes, surtout ceux ayant connu un développement basé sur le modèle des trentes glorieuses, nous regardent un peu comme des ovnis. Car il est vrai que la Co-Révolution les bousculent jusque dans leur cadre de référence profond (formaté à la concurrence et à la performance notamment).

Mais in fine, tous s’accordent à dire que cette (r)évolution est inexorable et qu’elle représente une des solutions efficaces aux crises que nous traversons. Je pense que les acteurs “classiques” de l’économie et à terme les politiques comprendront très vite l’intérêt de contribuer à cette société collaborative que nous appelons de nos vœux.

Elle doit en effet encore faire ses preuves tangibles en terme de limitations réelles de nos impacts environnementaux, de contribution au renforcement du lien social, mais aussi et surtout à la création de valeur globale qui peut s’en dégager. Mais nous pensons que nous pourrons en ressentir les effet bénéfiques à très court terme; les révolutions peuvent prendre du temps, mais ces dernières années, elles nous ont prouvé qu’elle pouvait s’accélérer à la vitesse du Net !

Alors… let’s co !


Interview initialement publiée sur ConsoCollaborative.com

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