Point de vue
Oocto.com, du crowdfunding mais pas que
On 17 July 2012 by Stanislas Jourdan and Etienne Hayem

Lancée il y a trois mois, la plateforme de financement participatif pour musiciens Oocto veut dépasser la seule relation financière entre les artistes et leurs fans. Nous sommes allés à la rencontre de Hugo Amsellem et Maxime Cormier qui nous ont raconté le lancement de leur startup et leur vision de la relation fan-artiste.

Il y a quelques années encore, Hugo Amsellem avait en tête de lancer un label. Puis la crise du disque est passée par là, et ses ambitions ont évolué. « J’ai compris qu’il fallait déjà être riche pour lancer un label aujourd’hui ! Alors j’ai essayé d’imaginer un autre modèle qui marche » raconte le jeune entrepreneur.

Avec deux diplômes d’école de commerce en poche (Paris et San Francisco), une expérience chez OpenDisc et plusieurs années de blogging sur industriemusciale.com à son actif, il fonde Oocto.com en mars 2011 avec Maxime Cornier, Charles Bénard et Florian Lamache.

Pour son associé Maxime Cormier, la démarche qui l’a conduit jusqu’ici est légèrement différente : « Moi je suis un artiste depuis toujours » commence-t-il pour se présenter. « J’ai fait Sciences-Po, mais mon objectif a toujours été de pouvoir faire de la musique » explique-t-il en détaillant ses différentes expériences en label et boîtes de production.

« On ne croit pas au rapport financier entre un artiste et un fan »

Des cheminement différents, mais leur ambition est commune : changer la relation entre artiste et fans et permettre aux artistes d’être aidés en impliquant leurs fans. Pour Hugo et Maxime, le lien entre un fan et son artiste favori est unique est un lien émotionnel réciproque qui n’a pas de prix. Ainsi pas de rendement ou de retour sur investissement, l’engagement est celui du coeur : donner pour encourager et soutenir ceux qu’on aime, donner pour remercier ceux qui nous soutiennent.

Dans la conception de leur plateforme, ils ont voulu également élargir les services apportés aux artistes :

L’idée n’était pas de se concentrer sur une partie seulement de la relation entre l’artiste et ses fans, par exemple au moment du financement, mais sur tout l’ensemble du projet de l’artiste. Il y a tout un écosystème qui est en train de bouger et a besoin de se retrouver pour travailler. Maintenant par exemple, les ingé-son travaillent de moins en moins avec les majors parce que le marché se rétrécit, donc ils faut bien qu’ils trouvent d’autre moyen de travailler avec les artistes.

En fait, l’idée de départ derrière Oocto, c’est que les artistes ne doivent pas trop se disperser : « Il faut qu’ils se concentrent sur ce qu’ils font de mieux : l’art » estime Hugo.

 

Et pour le reste ? C’est là que Oocto intervient : la plate-forme permet aux fans d’aider les artistes qu’ils apprécient, et ceci de différentes manières :

  • En participant financièrement au succès de leur projet
  • En proposant des compétences professionnelles (et être payé pour faire des prestations)
  • En aidant bénévolement le groupe

Oocto aide les artistes à définir et préciser leurs besoins pour que professionnels et bénévoles puissent venir y répondre. Ainsi les créateurs de la plateforme aident et accompagnent les artistes dans leur levée de fond et de soutiens.

En échange de ce soutien ou des services proposés, les artistes s’engagent à trouver un moyen de récompenser leurs fans : albums dédicacés, places de concert, vinyls, remerciements publiques sur le site ou la pochette, voire même… une moitié de guitare !
Quant aux professionnels, ils peuvent directement entrer en contact avec les artistes pour leur présenter leurs compétences et proposer un devis. Ils reçoivent même des notifications par email lorsqu’un projet correspond à leurs compétences.

« Nous élargissons les horizons »

Hugo et Maxime le reconnaissent volontiers : ces formes de collaboration entre l’artiste et son public ne sont en fait pas bien nouvelles :

Oui cela fait longtemps que les artistes travaillent comme ça, au bouche à oreille, et avec l’aide de leurs amis. Nous, nous ne faisons qu’élargir des horizons. Avant, l’artiste pouvait certes trouver un ingé-son, mais aujourd’hui sur Oocto, il va pouvoir non seulement trouver un ingé-son, mais aussi un fan qui veut bien tenir un stand de merchandising lors d’un concert, et des figurants pour son clip.

Cela dit, Oocto n’est pas la recette magique pour réussir. « Avoir des fans au préalable est indispensable » explique Hugo, qui précise que Oocto s’assure que les artistes qui viennent les voir ont une communauté forte à laquelle ils peuvent faire appel. En d’autres termes : « Nous n’apportons pas les fans, mais seulement l’outil pour travailler avec eux ».

Convaincre les copains d’abord

Et ça marche. Lancé depuis Décembre après plusieurs mois de développement, la plate-forme a déjà permis à quatre artistes de financer leurs projets . Par qui ? Il y a trois cercles de contributeurs élucide Maxime : tout d’abord, la famille et les amis proches, puis viennent les connaissances un peu moins proches, et enfin, les inconnus. Convaincre les premiers cercles est selon eux crucial : ce sont eux qui vont crédibiliser le projet en manifestant leurs soutiens.

La majorité des soutiens se situe entre 20 et 40 euros, mais la moyenne des dons se situe plutôt aux alentours de cent euros. Autrement dit, un grand nombre de petites contributions déclenche de plus tickets qui vont permettre à l’artiste de boucler sa levée de fonds.

A ce stade, la jeune pousse du milieu est plutôt prometteur, mais devra se faire une place entre les nombreux acteurs du secteur : Kisskissbanbank, Ulule et les autres. Lancé grâce à 70.000 euros de “love money”, les entrepreneurs sont en train de rencontrer des business angels pour propulser encore plus haut leur projet. « Maintenant, notre problématique, c’est principalement de financer le plus d’artistes possibles » explique le jeune CEO.

Des convictions fortes

Questionnés sur leur business model, ils nous répondent simplement qu’ils prennent 10% sur chaque projet financé. Et les bases de données des donateurs? s’ils les réutilisent, vendent ou s’ils les croisent avec les nouveaux artistes qui arrivent pour augmenter les chances de financement?

Les bases de fans n’ont aucune transversabilité, rien ne peut remplacer l’émotion entre un fan et un artiste, pour nous cela ne sert à rien de recroiser les bases de données des fans de rock par exemple, nous connectons l’artiste avec ses fans et le réseau susceptible de l’aider et lui donnons cette cartographie.

A bon entendeur !

Stanislas Jourdan OuiShare.net Co-Editor & Money Activist. Freelance journalist, blogger and activist. I write about the financial crisis and the alternatives. Profile →
Etienne Hayem OuiShare Money Activist.
Consultant, blogger, activist & musician, he is convinced abundance comes from the inside. Etienne focus his energy to the creation of new wealth & monetary system. To work on that mission, he co-founded the french collectif Les Valeureux. He also founded Sweet Electronic Music Lovers, a community group to share electronic music.
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